Située à 90 minutes de Montréal, la région du Lac Champlain est une destination de rêve pour les cyclistes de tout acabit, du cyclotouriste de weekend à l'amateur de performance.

©Patrick Dion

Invité par l'Office du tourisme de Lake Placid, j'arrive d'un voyage à vélo dans le nord de l'État de New York: de Ticonderoga à Essex, en passant par Port Henry, Westport et Lake Placid, ville hôte des Jeux olympiques d'hiver de 1980. Cette région méconnue recèle de véritables petits coins de paradis pour les cyclistes anxieux d'avaler des kilomètres dans des décors bucoliques et montagneux. Une expérience hors du commun pour les cyclistes urbains habitués aux routes craquelées du Québec.

La région est baignée d'une quiétude envoûtante. Partout, un silence bénéfique à perte d'ouïe. Est-ce parce qu'elle a été le théâtre de plusieurs affrontements que cette contrée offre maintenant une telle paix? Un des vestiges de ces batailles se trouvent d'ailleurs à Ticonderoga, où le Fort du même nom invite les touristes de passage à voyager dans le passé le temps de quelques heures. Pour les cyclistes endurcis, Mount Defiance offre un panorama à couper le souffle sur la forteresse, le Lac Champlain et les Green Mountains du Vermont. Il vous faudra toutefois être en mesure de grimper cette côte de 1,6 km qui affiche une pente de 12%. De quoi mettre vos mollets en appétit pour la suite du voyage.

De Ticonderoga, notre périple s'est poursuivi en direction nord vers les bourgades lacustres de Port Henry et de Westport. Suite à l'invitation de notre guide, Kim Rielly, reléguée au rang de simple spectatrice de notre plaisir évident, nous avons obliqué vers les basses montagnes environnantes. Tout se déroulait plutôt bien les premières dizaines de kilomètres jusqu'à ce qu'une enfilades de côtes nous fasse jurer sur plus d'une trentaine de kilomètres. Monte, descend, monte, descend, grimpe, souffle, souffre. À 10 km/h, perdus en plein milieu des bois, j'ai presque eu peur d'arriver nez à nez avec une vorace bestiole carnivore et d'être incapable de fuir à toutes pédales.

- Oh! J'ai cru voir un ours!
- C'est pas un ours ça Patrick, c'est une marmotte.
- Ahhh! Pardonnez-moi, ça doit être l'altitude.

De vallées en vallons, la route absorbe complètement nos pensées.

©Patrick Dion

De vallées en vallons, la route absorbe totalement nos pensées. On ne fait que mouliner au son du vent dans les arbres. La route, dépourvue d'automobiles malgré la période des vacances, défile dans une tranquillité boisée. Les quelques voitures croisées n'ont d'ailleurs jamais été une menace pour les fragiles cyclistes que nous sommes. Pas une seule fois n'avons-nous ressenti un quelconque danger. Un large accotement pavé sur la presque totalité des routes accueille les cyclistes. Et quand ce n'est pas le cas, les automobilistes redoublent de prudence en dépassant très loin par la gauche, allant même jusqu'à s'arrêter sur la route, pour finalement nous dépasser en temps opportun. Un exemple à suivre pour les automobilistes québécois.

Au bout de 85 kilomètres, nous sommes finalement arrivés à destination. Juché à flanc de lac, le Normandie Beach Club est un ancien camp scout converti en site de villégiature pour toute la famille. Situés dans une baie tranquille, quelques chalets épars reçoivent les visiteurs dans un confort rustique. À 200$ la nuit, ce n'est pas donné. À ce prix, on y inclut par contre toutes les commodités que de telles installations peuvent offrir: tennis, vélos, piscine, yoga, kayaks, planches à voile, pédalos et, en prime, des serviettes qui sentent la gomme balloune. Le Normandie Beach Club héberge également un restaurant, le Coco Café, où le chef en personne est venu nous saluer à la fin du repas.

- Est-ce que tout était à votre goût?, nous demanda-t-il dans la langue de Shakespeare.
- Tiens, je reconnais un accent français. Vous êtes français?
- Non, Québécois. Je viens de Brossard.

On repassera pour le dépaysement. Le seul point négatif de mon séjour a été le son assourdissant de l'unité murale d'air climatisé de ma chambre. À 30 degrés Celsius, il grondait comme un moteur de Cesna. Malheureusement, je dors très mal en avion.

Notre dernière journée s'annonçait des plus mouvementées. Après un excellent dîner chez Essex Provisions (la soupe froide avocat-concombre est bonne à s'en mordre les doigts), nous prenons la direction de Whiteface Mountain où nous grimperons tout en haut. Pour des cyclistes de performance, c'est la plus belle façon de terminer ce périple de quelques jours. Reconnue pour ses pentes de ski, la montagne est accessible aux vélos via le Whiteface Memorial Highway (n'ayez crainte, ce n'est pas une autoroute). Longue de 14 km et d'une élévation de 1482 mètres, la montée fera mordre la poussière aux cyclistes les plus aguerris. Mais le spectacle offert par Mother Nature transportera les aventuriers jusqu'en haut. Souffle coupé garanti... N'oubliez pas d'apporter quelques dollars, un poste de péage vous attend en milieu de parcours.

Si l'envie de rouler sur un bitume tout aussi doux que du vrai coton vous interpelle, la région du Lac Champlain doit faire partie de vos choix de destination. N'y manque qu'une liaison ferroviaire offrant le service de transport de vélo pour que l'expérience soit des plus mémorables.

À vos vélos! Et bon voyage.

Remerciements au Best Western Plus Ticonderoga Inn & Suites et au Normandie Beach Club pour l'hébergement et les soupers; au Essex Provisions et à l'Office du tourisme de Lake Placid pour les lunchs; ainsi qu'à la direction du Fort Ticonderoga et aux gens du Essex Inn pour les visites guidées.