Auteur en septembre 2010 de la traversée de la Manche, Croizon, 43 ans, a quitté l'Océanie jeudi vers 06H00 du matin (22H00 GMT mercredi) depuis le village de pêcheurs de Wutung, en Papouasie-Nouvelle Guinée.

Après près de huit heures de nage et une vingtaine de kilomètres de trajet, il est arrivé vers 11H00 locales (04H00 GMT) dans le hameau de Pasar Skow, en Indonésie, situé sur le continent asiatique.

«C'a été très, très dur», a raconté à l'AFP le nageur de l'extrême, sur la plage de sable volcanique de Pasar Skow où une centaine de villageois sont venus l'accueillir, certains en tenue tribale papoue. «Nous avons mis une heure et demie de plus car on a dû nager à contre-courant. Ca nous a pris 07 heures, 35 minutes et 35 secondes», a-t-il expliqué tentant de reprendre son souffle sous les cocotiers.

«On a nagé lentement car nous n'avons pas pu faire de repérage auparavant», a souligné le sportif. L'équipe n'a en effet reçu l'autorisation des autorités indonésiennes que tard mercredi soir, ce qui l'a empêchée de faire un voyage de reconnaissance. «Ca n'a pas été une partie de plaisir», a renchéri le documentariste Robert Iséni, qui suivait les nageurs en zodiac. «Ils ont eu des vents contraires au début puis de forts courants. Mais ils n'ont pas fait de rencontres fortuites, avec des méduses ou des requins», a-t-il ajouté.

Acompagné d'Arnaud Chassery, spécialiste de nage en eau libre, Philippe Croizon a également reçu le soutien imprévu d'un Papou du village de Wutung. «Il voulait se joindre aux nageurs, par défi et solidarité», a raconté M. Iséni. Chasseur sous-marin de 29 ans, Zet Tampa avait l'avantage de «bien connaître la région et les courants», a ajouté M. Iséni.

L'équipe a ainsi bouclé la première étape d'un formidable tour du monde qui doit relier cinq continents en quatre traversées, entre mai et août.

En juin, le couple de nageurs doit passer de l'Asie à l'Afrique, en traversant les 25 km qui séparent le Golfe d'Aqaba, en Jordanie, de la côte égyptienne sur le continent africain.

Le mois suivant, ils ont prévu de relier l'Europe à l'Afrique par le détroit de Gibraltar, au milieu de l'important trafic maritime (14 km à vol d'oiseau, mais 20 à 25 en tenant compte des courants).

Enfin, au mois d'août, ils devront affronter les eaux glaciales du détroit de Béring entre les îles de Grande Diomède (Russie/Asie) et Petite Diomède (Etats-Unis), une nage aller-retour d'une dizaine de km dans une eau dont la température oscille entre 0 et 3°C.

Philippe Croizon avait été terrassé par plusieurs décharges de 20.000 volts en mars 1994, victime d'un arc électrique entre lui et une ligne à haute tension, alors qu'il démontait une antenne de télévision. La gravité de ses blessures l'avait condamné à la quadruple amputation. Pour nager, il est aidé de prothèses spéciales, en forme de palmes géantes, qui prolongent les moignons de ses jambes.

Baptisé «En nageant au-delà des frontières», le tour du monde est soutenu par l'association Handicap International et souhaite «démontrer qu'aujourd'hui, aucune différence ne doit plus exister entre les personnes valides et les personnes handicapées», selon le site de la mission.

«On a réussi une première épreuve. Maintenant, il en reste encore trois», a lâché Philippe Croizon.

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