Gaétan Boucher, 1976, JO d'Innsbruck

Gaétan Boucher, 1976, JO d'Innsbruck ©PC/AOC

Il arrive cependant souvent que ces gens vont y aller d'un jugement du genre : « Toi, au moins, c'était un vrai sport! Parce que le courte piste... »

Le courte piste quoi? Oui, je peux être d'accord avec vous sur certains points. Le courte piste ne récompense pas toujours les meilleurs. Mais généralement, oui. Une médaille en relais ne vaut pas une médaille en longue piste? Ah bon. Avez-vous déjà essayé d'en gagner une dans l'un ou l'autre?

J'ai été un patineur de longue piste pendant 19 ans. J'en connais tous les attributs et je suis d'accord que d'une certaine manière, le longue piste est plus élégant, plus astreignant physiquement et ne récompense qu'uniquement ceux qui travaillent le plus fort. Par contre, j'ai aussi été un patineur courte piste et j'en connais tout aussi bien les qualités. Cette réponse surprend toujours les gens. Et je serai toujours un grand défenseur du courte piste que j'ai adoré et qui m'a d'ailleurs sacré Champion du monde, bien avant de le devenir en longue piste.

On entend parler du courte piste depuis seulement 1988, où il était sport de démonstration. Pourtant, j'ai emporté le tout premier Championnat du monde en 1977 avant de récidiver en 1980. Mais voilà, dans ce temps-là, ce sport était encore en développement. Je vous raconte...

J'ai fait mes premiers pas en patinage de vitesse à l'automne 1969. Au Québec, comme partout ailleurs en Amérique du Nord, on faisait la différence entre le courte piste d'aujourd'hui en l'appelant « patinage intérieur » avec le patinage longue piste, qu'on appelait évidemment « patinage extérieur ».

Une saison de patinage de vitesse à l'époque démarrait donc en septembre à « l'intérieur » pour se poursuivre à « l'extérieur » lorsque les conditions le permettaient, pour se terminer encore une fois à « l'intérieur » quand l'hiver tirait à sa fin.

Il s'agissait donc d'une seule et même saison où les mêmes patineurs se faisaient face. D'ailleurs, tous les clubs perdaient leurs heures de glace intérieures lorsque l'hiver arrivait. Vous pouvez donc vous imaginer que ça ne faisait pas l'affaire de tout le monde. Il y avait de nombreux patineurs qui ne pouvaient tout simplement pas s'adapter aux différents patins et à la technique particulière du patinage extérieur pratiqué sur une piste de 400 mètres au lieu de l'habituelle piste de 100 mètres à l'intérieur. Mais comme les Jeux olympiques et les Championnats du monde (le premier en 1887!) n'existaient qu'en patinage extérieur, les dirigeants n'avaient pas vraiment le choix que d'essayer de développer ce type de patinage. À l'intérieur, on devait se contenter des championnats canadiens et nord-américains.

Le Québec a été un pionnier dans cette transformation. Tranquillement, on a convaincu l'Union internationale de patinage (ISU) de s'intéresser au patinage intérieur.

Le problème majeur, toutefois, venait du fait que différents pays participants avaient chacun « LEUR » piste. En Amérique du Nord, on patinait sur un tracé appelé « Safety Track », de 100 mètres. Ce tracé n'ayant que quatre cônes, on s'est aperçu que si on traçait une ligne de cône à cône, ce 100 mètres n'était pas valide, car la distance mesurée n'était que de 87 mètres. Il fallait faire une transformation. On a donc ajouté des cônes le long du parcours que les patineurs devaient emprunter et de là est née la piste « double rayons ».

En Europe et en Australie, on avait une piste « ovale » de 110 mètres, tandis qu'au Japon, on avait une piste « ovale » de 125 mètres.

Tout le monde défendait SA piste et jurait que le spectacle y était meilleur. Alors tranquillement, pour évaluer les différentes options, on a commencé à organiser des compétitions sur les différentes pistes.

En 1976, au PEPS de l'Université Laval, on a tenu la première compétition internationale sur « double rayons ». La même année, on en a tenue une à Champaign, en Illinois, sur une piste « ovale » de 125 mètres.

Mais 125 mètres sur des patinoires de dimensions nord-américaines, c'était trop dangereux. Il y avait très peu d'espace de dépassement et on frôlait les bandes dans chaque virage. C'était donc soit le double-rayons, soit l'ovale de 110 mètres.

À Grenoble, en 1977, on s'est entendu pour organiser le premier Championnat du monde. Pour faire plaisir aux Nord-Américains et pour que ceux-ci fassent valoir leur fameux « double-rayons », la compétition se tiendrait le vendredi sur cette piste et toute la fin de semaine sur celle de 110 mètres. Par contre, les courses du vendredi ne compteraient pas au classement final. Elles seraient seulement appelées « démonstration ».

Le « double-rayons » a été un flop. Aucun des patineurs canadiens présents n'a réussi à se qualifier pour les demi-finales...

Et on a considéré que le spectacle en souffrait, car les virages se prenaient à moins haute vitesse qu'en piste ovale.

Le lendemain, sur piste ovale de 110 mètres, je remportais les trois courses au programme et devenais ainsi le premier Champion mondial... courte piste!

Depuis ce temps, le patinage courte piste n'a cessé d'évoluer. Avec des distances standard comme 500 mètres, 1000 mètres et 1500 mètres, on a allongé le parcours à 111.1 mètres afin de limiter le nombre de lignes de départ et d'avoir une seule ligne d'arrivée.

La discipline est devenue discipline olympique et les patineurs se sont spécialisés, de sorte que le niveau de compétition a grandement augmenté. Fini, le temps où les moins intéressés devaient passer au travers des trois ou quatre mois que durait la saison « extérieure ». Oui, la chance fait toujours un peu partie des courses, mais neuf fois sur dix, le meilleur patineur l'emporte.

C'est en fin de semaine, les 22, 23 et 24 octobre, qu'aura lieu la première épreuve des Coupes du monde de l'année 2010-2011. C'est à l'aréna Maurice Richard. Allez-y apprécier le talent des patineurs canadiens. Ce n'est pas du longue piste, mais quand même... ;)