P.K. Subban et Carey Price s'apprêtent à jouer deux parties de suite en deux soirs, le 15 janvier 2011.

©Graham Hughes/PC

Je suis un grand amateur de hockey et je regarde régulièrement les parties à la télévision, mais je suis un peu « tanné » d'entendre les commentateurs nous dire que « ce ne sera pas facile car c'est un deuxième match en deux soirs ». Et alors ? Voulez-vous bien me dire ce qui est si difficile là-dedans quand il s'agit de leur métier?

On n'arrête pas de vanter ces mêmes joueurs dans toutes les facettes du jeu. C'est la Ligue nationale. C'est le top du top. Pour être là, il ne faut pas être juste bon, il faut être excellent. Ces gars-là dominent leur sport.

Et je suis bien d'accord avec tous ces commentaires. Les joueurs de hockey de la LNH sont les meilleurs athlètes de leur sport, au même titre que Tiger Woods l'est au golf, que Roger Federer l'est au tennis, que Jennifer Heil l'a été en ski acrobatique, etc. Ils sont au sommet et possèdent une condition physique remarquable. Sinon ils ne résisteraient pas à l'intensité d'une saison complète.

Pourquoi alors toujours nous rabattre cette mauvaise rengaine quand ils font face à deux matchs en deux soirs ? Est-ce qu'on veut préparer le terrain au cas où l'équipe ne serait pas à la hauteur ? « Il fallait s'y attendre... deux matchs en deux soirs, quand même. On ne peut pas leur en demander trop ! »

Je peux comprendre si on me demandait à MOI ou à un gars d'une ligue de garage de jouer une partie dans la LNH. On aurait beau être dans la meilleure forme possible, il serait impossible de suivre le rythme de ces athlètes qui se spécialisent dans leur discipline. Alors imaginez deux soirs de suite. Le hockey est un sport TRÈS exigeant. Peu importe le type d'entraînement qu'on fait, la partie elle-même est quelque chose d'autre.

Je suis un gars qui se tient en forme, mais si je m'adonne à jouer au hockey, les premières semaines sont très difficiles. Puis, tranquillement, on prend le rythme et on s'habitue à ce type d'effort. Je ne suis pas un cycliste de haut niveau, mais demandez-moi de rouler 100 kilomètres par jour pendant une semaine et je n'aurai aucune difficulté, car je m'y entraîne. Demandez à un joueur de la LNH qui ne fait jamais de vélo de faire la même chose et je vais lui en faire baver, vous pouvez en être sûr. À chacun sa spécialisation, non ? Et je ne fais pas ce commentaire pour dénigrer les joueurs de hockey, bien au contraire.

Alors, est-ce que quelqu'un pourrait dire à ces commentateurs, autant à la télévision qu'à la radio, en anglais qu'en français, d'arrêter d'exagérer de telles situations?! Deux matchs en deux soirs pour des professionnels de ce sport, c'est de la p'tite bière ! D'ailleurs, je suis à peu près certain que les joueurs sont beaucoup plus de mon avis que de celui des commentateurs. Oui, deux matchs en deux soirs, ça peut demander un peu plus d'efforts, mais de là à en faire une excuse...

Les vrais maniaques vont dire que je ne sais pas de quoi je parle. Au hockey, il faut tenir compte de plus de facteurs que du seul fait d'être en bonne condition physique. Il y a les voyages, il y a le jeu physique, les mises en échec. Tout ceci ajoute au degré de difficulté. Et je suis bien d'accord. Mais quand même. Quand on est professionnel, on l'est pour vrai et on ne fait pas les choses à la moitié. Les mises en échec font partie de l'action.

Quand j'étais étudiant en éducation physique à l'Université de Montréal, j'ai participé à une petite étude sur le type d'effort d'un joueur pendant une partie de hockey. Comme modèle, nous avons pris une équipe de calibre junior majeur. Nous avons ciblé un joueur d'impact de l'équipe, un de ceux qui passent plus de 20 minutes par match sur la glace.

On a ainsi décortiqué son temps de glace. Elles veulent dire quoi, ces 20 minutes ? Tout d'abord, il ne faut pas oublier qu'il s'agit de 20 minutes sur une période moyenne de deux heures environ, soit à peine sept minutes par tranche de 40 minutes. Un ratio un peu plus élevé qu'un pour six ou, si vous préférez, une minute d'effort et six minutes de repos...

Ce n'est pas la fin du monde, n'est-ce pas ? Oui, mais on va nous dire que l'intensité ajoute beaucoup plus de fatigue que ce simple ratio le montre. Ok. La petite étude nous a aussi appris que, dans le cas de notre joueur ciblé, 25% de cette minute était passée à une intensité basse (glisser sur ses patins tout en surveillant le jeu), 50% à une intensité moyenne (donner quelques coups de patins ici et là) et seulement 25 % à une intensité élevée où le joueur se défonce.

Donc, sur son 20 minutes par match, le joueur de hockey ne se défonce qu'environ cinq minutes!!!

Cette petite étude date d'un certain temps, elle n'était pas très sophistiquée, probablement très imprécise et n'a jamais été confirmée, mais si vous jouez au hockey, vous savez de quoi je parle. Admettons tout de même que la réalité d'aujourd'hui est très différente. Le genre de hockey qui se pratique de nos jours est beaucoup plus intense qu'il ne l'était il y a une dizaine d'années. Admettons, dans ce cas, que mes chiffres soient erronés. Triplons cette valeur. Ça ne fait encore que 15 minutes d'effort sur une période de deux heures !

Malgré tout, certains partisans vont dire qu'on ne semble pas avoir tenu compte des mises en échec, dans cette petite étude. Et ils ont bien raison. Alors parlons-en, des mises en échec.

L'autre jour, on a montré les statistiques de Hal Gill à ce sujet : il est meneur chez les Canadiens, avec 50 mises en échec... en 45 parties ! Et cette semaine, le meneur chez les Flyers était Chris Pronger, avec 64 mises en échec... en 50 parties.

Donc, en tout et pour tout, un joueur de hockey de la LNH donne un peu plus d'une mise en échec par partie et on peut assumer qu'il en reçoit la même moyenne...

Quoi qu'il en soit, je ne veux surtout pas montrer ici que les joueurs de hockey sont en mauvaise condition physique par rapport aux autres sports. D'ailleurs, ce n'est pas du tout ce que je pense. Jouer au hockey, je le répête, est très exigeant, et les joueurs, spécialement ceux qui sont dans l'élite ultime comme les professionnels, sont dans une forme incroyable. Mais ils sont préparés pour faire leur métier et s'ils sont dans cette forme physique de haut niveau, ça veut aussi dire qu'ils ont la possibilité de récupérer très rapidement. Récupérer d'une partie ne leur prend pas une semaine. Un bon repos d'une seule journée peut suffir.

Donc, est-ce que deux parties en deux soirs constitue une excuse valable pour expliquer une défaite ?

En faisant une petite recherche rapide (merci à mon collègue Stéphane !), on a ces quelques statistiques :

  • Philadelphie a joué deux matchs en deux soirs dix fois cette saison et ils ont une fiche de six victoires, quatre défaites;
  • Vancouver, qui voyage probablement plus que toute autre équipe, a une fiche de cinq victoires, trois défaites;
  • Boston, ces chers Bruins que plusieurs se plaisent à haïr, a aussi cinq victoires et trois défaites dans une telle situation;
  • Pittsburgh, avec ou sans Crosby, a six victoires et trois défaites;
  • Et Montréal ? Malheureusement, et c'est peut-être à cause de cette statistique qu'on entend que c'est difficile de jouer deux matchs en deux soirs, vos Canadiens ont une fiche de quatre victoires et six défaites...

Alors voilà. Jouer deux parties en deux soirs n'est certainement pas un indicatif de la difficulté d'un match. Les joueurs sont en trop bonne forme physique pour une telle excuse.

Je termine sur une petite anecdote. En fin de semaine dernière, les Sea Dogs de St-John's, de la ligue junior majeur du Québec, ont joué trois matchs en trois soirs. Ils étaient à Baie Comeau vendredi, à Chicoutimi samedi et à Québec dimanche, en après-midi, en plus ! Lorsqu'ils ont effectués le voyage entre Baie Comeau et Chicoutimi, ils se sont retrouvés dans une tempête de neige et ne sont arrivés à Chicoutimi qu'à 4h du matin ! Leur fiche lors de ce voyage ? Trois victoires en trois, dont une victoire en prolongation à Chicoutimi !