
Sergei Kostitsyn. Photo: Larry MacDougal/PC
Mais concrètement, était-ce suffisant pour l'exclure du groupe de joueurs que Jacques Martin avait choisi d'emmener au «Teen ranch» de Caledon en Ontario, avant le premier match à Toronto, pour permettre à tout le monde susceptible d'aider l'équipe en cours de saison de mieux se connaître, de souder les liens? Pourquoi donc y avait-il une place dans ce groupe pour Ben Maxwell, Tom Pyatt, Yannick Weber et Curtis Sanford, mais pas pour Sergei? N'était-il pas un joueur capable d'aider le Canadien lui aussi au moins autant que ces joueurs retranchés à la toute fin du camp? N'est-il pas meilleur que les dociles Stewart, Chipchura, D'Agostini et Pacioretty?
Je n'ai rien contre le fait qu'on serre la vis avec lui, mais j'avais l'impression qu'on y allait un peu fort. Quand il a décidé d'ignorer la décision du Canadien le 27 septembre et de réclamer une transaction, j'ai cru qu'on venait d'en perdre un autre. Je trouvais ça bien dommage. Malgré tous les torts imputables à Kostitsyn, une partie de moi en voulait au Canadien de ne pas avoir su composer avec un athlète prometteur quoiqu'immature, voire indomptable.
Considérant qu'en plus, elle l'a fait pour les Valentenko, Yemelin et Perezhogin de ce monde, la KHL lui ouvrirait toutes grandes ses portes. Sachant aussi que le jeune risquait de très mal réagir à cette annonce, Gainey et Martin devaient avoir une fichue de bonne raison pour carrément l'isoler du reste du groupe. Il s'était tout de même écoulé neuf jours depuis le fameux autobus raté vers Québec. J'étais convaincu que dans la tête de plusieurs, dont Gainey et Martin, Kostitsyn était toujours l'un des dix meilleurs attaquants de l'organisation. Il y avait donc sûrement quelque chose que nous ne savions pas... Effectivement.
C'est dans la nuit du 26 au 27 septembre que s'est joué l'avenir immédiat de Sergei Kostitsyn avec le Canadien. Bien que laissé de côté contre les Sabres le samedi soir lors du dernier match préparatoire, il n'allait pas manquer de se payer une dernière bonne soirée à Montréal avec quelques amis et coéquipiers avant de quitter la ville avec l'équipe pour les trois semaines suivantes. Surtout qu'il n'était pas le seul tricolore dans cet état d'esprit. Rien de plus normal. Le Canadien terminait son calendrier préparatoire sur une bonne note. Après être revenu de l'arrière pour battre Buffalo, les joueurs avaient bien le droit de s'amuser un peu avant la retraite fermée de trois jours et le début des choses sérieuses contre les Leafs le 1er octobre.
Il était passé minuit depuis longtemps quand l'espace de quelques messages textes (SMS), les joueurs n'ayant pas le goût d'aller dormir tout de suite ont accepté l'invitation du nouveau venu Scott Gomez d'aller terminer la soirée chez lui en compagnie de quelques amis.
C'est là qu'un peu plus tard, ça s'est gâté. Pour des raisons nébuleuses, Sergei Kostitsyn et son hôte Scott Gomez se sont colletaillés, assez sérieusement pour forcer l'intervention de quelques autres équipiers qui ont dû séparer les deux amigos, une bien mauvaise façon de terminer une soirée très agréable et de «tisser des liens». Un des nouveaux leaders potentiels (et le plus haut salarié de l'équipe) est défié dans son propre domicile par un jeune coq n'ayant peur de rien, tant sur la glace, d'ailleurs, qu'à l'extérieur. C'était bien loin de l'esprit que voulait créer Jacques Martin à Caledon.
Informés de l'incident tôt le lendemain, Martin et Bob Gainey ne l'ont vraiment pas trouvé drôle. Pas question pour le nouveau coach de commencer son règne avec un cas problème dans les pattes, et surtout, pas question pour Gainey de revivre une autre saison marquée par des distractions hors glace. N'ayant pas à le soumettre au ballottage et profitant d'un contrat à double sens, les deux hommes ont décidé que le moment était venu de régler le cas de Sergei une fois pour toutes, ça va passer ou ça va casser! Direction Hamilton!
Ce type d'incident n'est pas une première dans l'histoire du sport, vous le devinez bien. Mais quand j'ai su, là j'ai compris le côté soudain et sévère d'une telle décision. La perception générale étant loin de jouer en sa faveur, il fallait trouver une façon de capter l'attention de Sergei une fois pour toutes et lui faire comprendre ce qu'il est en train de faire de sa carrière.
Ce n'est pas encore gagné. Il a d'abord réclamé une transaction et jonglé pendant rien de moins que dix jours avec différents scénarios, avant de finalement se rapporter à l'entraîneur Guy Boucher à Hamilton le 6 octobre. Puis, il a joué quatre matchs, inscrivant deux buts et deux passes. Selon Marc-André Bergeron, qui disputait hier son premier match avec le Canadien après un court séjour à Hamilton, Kostitsyn est le meilleur joueur là-bas même s'il n'a récolté aucun point dans les deux matchs des Bulldogs cette semaine. En principe, sa place est dans la Ligue nationale, que ce soit ici à Montréal ou ailleurs. Elle n'est pas en Russie, dans la KHL, qui ne représente pour lui qu'une option de dernier recours, un outil de négociation. Il vit au Canada depuis bientôt cinq ans et s'est très vite adapté au style de vie nord-américain. Il est à l'aise à Montréal. Peut-être un peu trop à l'aise, d'ailleurs, diront les mauvaises langues.

Sergei Kostitsyn. Photo: Paul Chiasson/PC
Après tout, dès son rappel au tiers de la saison 2007-08, il méritait un poste régulier au sein d'une équipe qui allait remporter le championnat de sa Conférence quelques mois plus tard. Il n'avait que 20 ans. Qui pouvait prévoir à ce moment là que pas plus tard que la saison suivante, ce même jeune homme subirait une première fois les foudres d'une direction dépassée par les événements en étant rétrogradé à Hamilton en février 2008? À ce sujet, il a d'ailleurs déclaré l'été dernier à un journaliste bélarusse que seul son contrat à double sens expliquait cette décision, refusant d'être seul à porter l'odieux d'une saison aussi décevante que fut celle du Canadien l'an passé, alors qu'il est maintenant de notoriété publique que plusieurs autres que lui ont savouré les délices de ce que Jean Perron appelle la ville du péché.
Le Canadien a-t-il abandonné dans son cas? Malgré tout ce qu'on lui reproche, je ne crois pas. En soi, c'est une approche bien différente de celle adoptée avec Mike Ribeiro, qui avait pourtant été le meilleur marqueur des siens l'année précédant son départ. Peut-être Bob Gainey a-t-il appris de sa pire transaction en carrière, ou bien s'est-il rappelé qu'il n'y pas que des noms d'enfants de chœur inscrits sur la Coupe Stanley. Il est clair que la marge d'erreur du directeur général n'est plus la même aujourd'hui.
Déjà, hier, sur les ondes de CKAC, à quelques heures de l'affrontement contre Atlanta, Michel Villeneuve s'attendait à de fortes bourrasques sur le Centre Bell et sur Bob Gainey, advenant une sixième défaite de suite. Anticipant les solutions possibles, il a demandé à Dany Dubé et Ron Fournier si le moment n'était pas venu de ramener Sergei à Montréal. Même si la victoire d'hier en tirs de barrage permet à Gainey de retarder une telle éventualité, la question demeure pertinente, puisque les deux points ne font oublier à personne le début de saison bien timide de plusieurs joueurs. Malgré l'intensité déployée face aux Trashers, tôt ou tard, certains devront produire, ou le nom de Sergei Kostitsyn reviendra rapidement sur la table.
C'est à Gainey d'agir. C'est à lui de regarder le kid droit dans les yeux et de lui dire comment ça va fonctionner dorénavant, de lui faire comprendre que tant qu'à se défoncer, aussi bien le faire là où ça lui rapportera le plus, sur la patinoire. À moins de sentir que tout ce qu'il lui dit lui rentre par une oreille et ressort par l'autre, le directeur général pourrait contribuer directement à la relance de sa carrière.
Gainey s'est rendu à Hamilton lundi, où il a regardé son club école s'incliner 2-1 en prolongation, après avoir complètement dominé le Moose du Manitoba. Parions qu'il en a profité pour avoir un entretien avec Sergei. Peu importe quand il sera rappelé, ne lui restera plus qu'à faire amende honorable avec Gomez, qui a incidemment joué son meilleur match dans l'uniforme bleu-blanc-rouge, hier. La fougue, le caractère et la personnalité du plus jeune des deux frères K en fait un personnage plus populaire qu'on pourrait le croire dans le vestiaire du tricolore. De toute façon, que celui qui n'a pas péché lance la première pierre, et croyez-moi, ils ne sont pas nombreux avec une poignée de roches dans les mains. Entre nous, le fait que deux hommes se serrent la main après s'être offert des tapes sur la gueule n'a rien de bien exceptionnel. Bien que Kostitsyn ait été désigné coupable sans possibilité d'appel de cet épisode digne de Lance et compte, je me suis quand même demandé si cette altercation expliquait le fait que Gomez ne soit pas l'un des trois joueurs à porter un «A» sur son chandail en l'absence du futur capitaine, Andrei Markov.
À ceux qui sont des partisans de la ligne dure et qui ont étiqueté Serge K dans la catégorie des irrécupérables, n'oubliez jamais que les hommes peuvent évoluer et gagner en maturité. Theoren Fleury disait cette semaine qu' «aussi bas que l'on tombe, il est toujours possible de se relever».
Sans reculer jusqu'aux fameuses histoires comme celles du lampadaire, de la bagarre dans un bar de Winnipeg ou du couvre-feu non respecté à Vancouver, ils sont nombreux, tous ceux qui, dans l'histoire du Canadien et de la Ligue, auraient besoin d'un papier pour noter tout ce qu'ils ont à se faire pardonner lors de leur prochaine visite au confessionnal. Seule différence majeure, le pardon est tellement plus facile à obtenir quand une équipe gagne régulièrement.
Prenez l'histoire plus récente de Ryan O'Byrne, que certains voulaient sortir de Montréal à coups de pieds au derrière. Il semble s'être bien relevé de l'histoire de la sacoche, des huées et de ses déboires sur la glace. À Dallas, les Stars viennent de coller un «A» sur le chandail de Mike Ribeiro, qui les a menés en finale de Conférence il y a deux ans. Tout indique que Carey Price a remis de l'ordre dans ses priorités, et que José Théodore a retrouvé sa concentration et ses moyens. Même Sean Avery a repris sa place dans le circuit Bettman, alors que l'ex-coéquipier de Sergei à London et nouvelle sensation des Hawks, Patrick Kane, commettait un faux pas l'été dernier. Alors, pourquoi donc Kostitsyn représenterait-il un cas désespéré?
Beaucoup de bonne volonté de sa part, un brin de psychologie 101 de la part des dirigeants, et tout redevient possible dans son cas. On ne jette pas quelqu'un à la poubelle parce qu'il a commis une erreur. C'est peut-être lui qui aidera tantôt le Canadien à se relever ou qui permettra à Jacques Martin de compter sur un deuxième trio plus productif avec Plekanec et son frère Andrei, qui semble se retrouver depuis quelques parties.














