Pat Burns, lors de la conférence de presse annonçant la construction de l'Aréna Pat Burns, à Stanstead(La Presse Canadienne)


Ça fait six ans qu'on sait dans la LNH que Pat Burns se bat contre la maladie et les gens bien informés savent très bien que sa situation ne s'est jamais améliorée.


Son intronisation éventuelle ne faisait aucun doute. La LHJMQ l'a déjà honoré en 2007, un aréna portera même son nom à Stanstead dans les Cantons-de-l'Est. Le moins que l'on puisse dire, c'est que le comité de sélection des futurs membres du Temple de la renommée est loin d'avoir devancé la parade et que c'est malheureusement mais fort possiblement à titre posthume que Pat Burns sera accueilli au Panthéon. Sa présence à Stanstead vendredi était peut-être sa dernière apparition publique, lui qu'on peut encore entendre faire ses commentaires en direct à la radio les matins de semaine (CKAC Sports).


Pat n'a surtout pas besoin d'un vague de sympathie (même c'est beau à voir) pour qu'on considère sa candidature au Hall of fame. Il est le seul de l'histoire de la LNH à avoir reçu trois fois le trophée Jack-Adams remis à l'entraineur de l'année. Faut-il s'en étonner quand on se rappelle qu'il a remporté cet honneur à sa toute première saison dans la ligue nationale et que c'est justement toujours à titre d'entraineur-recrue qu'il a mené le Canadien jusqu'en finale de la Coupe Stanley contre Calgary en 1989. Il aura fallu qu'il passe ensuite par Toronto, Boston et finalement New Jersey pour enfin remporter l'ultime honneur en 2003.


J'espère qu'à défaut d'être certain de sa présence au prochain gala d'intronisation à Toronto que la LNH annoncera dans les plus brefs délais que la décision de l'admettre dans le club sélect des immortels du hockey. Ne serait-ce que par le biais d'une conférence téléphonique dans le pire des cas, Pat pourrait au moins réagir de son vivant à cet honneur. Entretemps, j'apprécie chacune de ses chroniques à la radio en me disant que c'est peut-être la dernière. Il a d'ailleurs confié à Michel Langevin et Gabriel Grégoire à CKAC lundi matin que ça serait un autre rêve qui se réaliserait s'il devait être intronisé au Temple même s'il ajoute qu'il ne sert à rien de brusquer les choses puisque rien ne garantit qu'il puisse y être présent physiquement de toute façon.


Le discours qu'il a prononcé à Stanstead était celui d'un homme en paix, digne et courageux. Son cousin, Robin Burns, a tellement bien résumé la façon dont j'ai perçu la cérémonie qui a eu lieu en présence du premier ministre. Il a dit qu'il avait vu Pat au plancher après son congédiement par les Bruins avant de le revoir au sommet avec la Coupe Stanley en 2003. Puis Robin Burns a ajouté qu'il l'avait à nouveau vu atteindre le fond de la vallée après ses diagnostics de cancer pour le voir à nouveau finir au sommet par la façon inspirante dont il accepté cet honneur vendredi malgré la fatalité qui guette, ce qui dans le fond est d'une profonde tristesse.


Quand il y a trois ou quatre étés, sur une terrasse d'un endroit où nous nous croisions parfois à Magog, il m'avait dit que les médecins lui avaient dit de prendre un peu de bon temps puisque de toute façon son corps ne pouvait plus absorber davantage de traitements sans qu'il reprenne des forces, j'en suis resté bouche bée quelques secondes.


Il était au cœur de sa bataille contre le cancer, une petite bière à la main, savourant un moment dans un environnement où il se sentait chez lui. Quand je voyais Pat à Magog, je voyais un homme souriant et chaleureux, bien loin de l'image de l'homme intimidant qu'il pouvait dégager sans trop d'efforts à la télévision. Le harley n'était jamais bien loin quand le soleil était là, ses chums non plus, des gars comme Kristopher Woods et Kevin Dixon et quelques autres qui se sont connus à l'époque où il est arrivé dans le coin pour diriger les Canadiens de Sherbrooke. Les années ont passé et les chums ne se sont jamais vraiment quittés.


J'ai eu la grande chance de l'interviewer souvent à la radio en plus de collaborer sur une base quotidienne avec lui à CKAC entre ses séjours à Boston et au New Jersey. Je me souviens très bien de notre dernier entretien enregistré devant des caméras de la SRC lors du championnat du monde à Québec en 2008 alors qu'il faisait partie du personnel hockey d'Équipe Canada. Nous avions parlé de hockey, mais aussi de sa foi et ce n'est par hasard que lors de son allocution à Stanstead, il fait allusion en anglais au fait qu'il se sentait closer to God, plus près de Dieu alors que la fin approche. Il y a un certain temps déjà que Pat apprivoise ses derniers moments. C'est notamment par cette voie que Pat semble avoir trouvé une partie de la sérénité qu'il dégageait lors de sa visite.


Quand Pat est venu me saluer cet été-là sur la terrasse du Lady of the Lake, sans prétendre être un intime, il m'a fait sentir comme un chum et j'ai beaucoup apprécié. C'est aussi malheureusement à ce moment là que j'ai compris que Pat entrait dans le dernier droit. Je ne fais que tenter de deviner à quel point depuis, le chemin vers l'acceptation de la cruelle réalité a pu être difficile pour lui, pour sa femme et pour ses enfants. Je m'en veux de n'avoir pu me rendre à Stanstead vendredi. Je profite de cette tribune pour lui témoigner tout mon respect et mon affection ainsi qu'à sa famille.


Pis Pat, pas de danger que tu me confondes avec le prochain Crosby si tu me vois patiner sur la glace de l'aréna Pat Burns de ton siège en haut, mais tu jetteras un œil sur mon gars de cinq ans qui porte le chandail de Crosby sans saisir toute la patente encore. Quand il voit le 87 à la télé, il pense juste que c'est Crosby qui a acheté le même chandail que lui.


En espérant entendre ta chronique encore demain matin,
Salut mon Pat !