Guillaume Latendresse et Maxime Lapierre, 17 décembre 2009.

Guillaume Latendresse et Maxime Lapierre, 17 décembre 2009. Photo: Paul Chiasson/PC

Il y a des bons coups, il y en a des moins bons. Quand Bob Gainey a décidé d'échanger Guillaume au Wild du Minnesota, il a pris le pari que Jacques Martin pourrait relancer Benoît Pouliot, un jeune homme qu'il connaissait déjà, le 4e choix au repêchage (avant Price au 5e rang) de l'encan de 2005. Bon coup de patin, bon physique et clairement doté de certaines habiletés, le Franco-Ontarien a connu un départ encourageant avec la Flanelle. Pendant quelques semaines, il a même soutenu les comparaisons avec Guillaume, mais malheureusement, ça n'a pas duré et on comprend mieux pourquoi le Wild l'oubliait souvent sur le banc ou dans les gradins, comme ce fut le cas mardi à Philadelphie.

Ce n'est pas parce que Jaroslav Halak a permis au Canadien de franchir deux rondes en séries qu'il faille tout regarder avec des lunettes roses. Et cette transaction s'avère jusqu'ici une erreur de jugement. On a baissé les bras beaucoup trop vite avec lui, comme avec Mike Ribeiro il y a quelques années.

Ça me fait encore un pincement au cœur que le Canadien ait une nouvelle fois abdiqué aussi rapidement avec un gars de chez nous repêché et développé par l'organisation. Benoît Pouliot pourrait très bien me faire ravaler mes paroles en trouvant le moyen de s'illustrer contre Philadelphie, que je serais le premier à m'en réjouir. Peut-être parviendra-t-il à s'imposer comme un joueur clé de l'organisation au cours des prochaines saisons. Je souhaite tout le succès imaginable au patineur d'Alfred, en Ontario. Mais jusqu'à preuve du contraire, cette transaction coûte à l'équipe un joueur qui pourrait jouer un rôle beaucoup plus important dans les présentes séries. Même quand Guillaume traversait ses pires moments en offensive, il est rare qu'il n'obtenait pas une bonne chance de marquer dans un match. Certes moins fluide sur deux lames que Benoît Pouliot, il est cependant beaucoup plus solide et difficile à faire tomber, ainsi que beaucoup plus efficace pour protéger la rondelle dans le trafic et dans les coins de patinoires. Il n'y a aucun doute dans mon esprit que Guillaume Latendresse aurait, à l'image de son ami Maxime Lapierre, réussi à élever son niveau de jeu en séries au grand plaisir de tout le monde - même si Maxime est tout à coup bien discret contre les Flyers. C'est d'ailleurs l'une des bonnes acquisitions du Canadien avant les JO, et je parle ici de Dominic Moore, qui a aidé à relancer Maxime. J'aurais bien aimé voir Guillaume compléter ce duo.

Identifié comme le nouveau héros francophone à ses premiers moments avec le Canadien, Guillaume Latendresse n'avait pas que des partisans à Montréal, mais force est d'admettre qu'il en a mis plein la gueule à tout le monde en enfilant 26 buts en 53 parties avec le Wild. Comment s'empêcher de penser que si on avait été aussi patient avec lui qu'avec les frères Kostitsyn, les choses auraient fini par débloquer ici?

Ce n'est pas parce que Jacques Martin souhaite avoir une équipe qui joue de façon uniforme et qu'il aime les patineurs rapides que tous les joueurs doivent nécessairement se ressembler. On le voit au fur et à mesure que les séries progressent selon le style de l'adversaire: il faut plusieurs ingrédients différents pour gagner.

Dans le processus visant à bâtir une équipe qui fera partie de l'élite de la Ligue nationale pendant plusieurs saisons, les dirigeants du Canadien devront apprendre chaque année autant de leurs victoires que de leurs échecs, pour s'approcher chaque année de la possibilité de remporter la Coupe Stanley. Toutes les équipes le vivent, et Philadelphie est un exemple parfait de cette réalité, ayant ajouté des agents libres convoités tous les ans afin de ramener le gros trophée chez eux pour la première fois depuis les Broad Street Bullies des années '70.

C'est pour être capable de contrer les super vedettes de la Conférence de l'Est que Philadelphie a fait l'acquisition de Pronger après avoir échoué sans lui. Il faut plusieurs facettes à une équipe de hockey pour gagner quatre rondes éliminatoires et remporter les grands honneurs. C'est cet équilibre que recherchent les Sharks de San Jose, les Canucks de Vancouver, les Bruins de Boston et combien d'autres équipes qui, chaque printemps, se sentent tout près de l'objectif sans réussir à l'atteindre.