Guy Boucher, à droite, en décembre 2008. Il entraînait alors l'Équipe de hockey junior du Canada

Sean Kilpatrick - La Presse Canadienne

Choisi entraineur de l'année à sa première expérience dans les rangs professionnels avec les Bulldogs d'Hamilton, Boucher a d'abord refusé l'emploi d'entraineur-chef que lui offrait Columbus avant d'accepter le même job avec Tampa Bay. Selon les informations que j'ai recueillies hier auprès d'une source proche de l'état major des Blue Jackets, Boucher était tout simplement trop exigeant dans ses demandes au plan hockey. Il voulait emmener ses adjoints avec lui en plus d'être très impliqué dans toutes les décisions hockey au point d'avoir le dernier mot sur la composition de l'équipe. C'était trop pour le directeur général des Blue Jackets Scott Howson qui a réitéré son désir de l'embaucher mais sans jamais pouvoir satisfaire toutes ses demandes.

Utilisant au maximum son rapport de force dans la négociation, Boucher s'était ainsi créé une porte de sortie en plaçant la barre trop haut au goût de Howson. Parions que le dénouement des discussions aurait été bien différent si Guy Boucher n'avait pas été en train de négocier en parallèle avec Tampa Bay qui ne tiendra pas la conférence de presse pendant laquelle Steve Yzerman devait présenter son entraîneur recrue, selon Rue Frontenac.com. Deux hypothèses, Yzerman préfère peut-être attendre la fin de la finale de la coupe Stanley pour confirmer le tout ou bien l'entente avec Boucher n'est peut-être pas encore finalisée. Une chose est certaine, il n'a sûrement pas apprécié le fait que la nouvelle circule partout en Amérique avant qu'il annonce son choix.

Selon les informations d'abord divulguées lundi soir par le collègue du site Rue Frontenac.com, Martin Leclerc, Boucher arriverait à Tampa Bay à ses conditions avec une entente de quatre ans en poche et le feu vert pour amener avec lui ses deux adjoints à Hamilton, Daniel Lacroix et Martin Raymond. Ça vous donne une idée du niveau de confiance qu'entretiendrait le nouveau directeur-général du Lightning Steve Yzerman à son endroit.
Yzerman vient de débarquer là-bas avec la ferme intention de redonner du panache à cette formation qui a tellement déçu depuis sa conquête de la coupe Stanley en 2004 au point de retourner dans les bas fonds du classement et de se retrouver encore une fois en position de repêcher les meilleurs espoirs disponibles comme Steven Stamkos et Victor Hedman. Passer du meilleur au pire en aussi peu de temps n'est pas un exploit banal pour une formation qui a continué de compter sur des joueurs d'impact comme Martin St-Louis et Vincent Lecavalier mais qui a aussi sacrifié Dan Boyle et Brad Richards.

Ça va souvent comme c'est mené et est-il besoin de préciser que le Lightning était mené par une bande d'amateurs qui a même sorti Barry Melrose des boules à mites pour lui offrir le poste d'entraineur chef avec les résultats qu'on connait maintenant.

Une chose est claire, les choses vont changer à Tampa Bay et je ne crois pas me tromper en disant que le Lightning redeviendra vite une équipe respectable avec le duo Yzerman-Boucher. Il y a encore beaucoup de talent au sein de cette équipe et la perspective de mieux encadrer les jeunes vedettes comme Stamkos et Hedman dans un bon système de jeu ont sûrement influencé la décision du gradué de McGill qui aura là les ingrédients pour être en mesure de connaître du succès assez rapidement, au point d'espérer une participation aux séries dès la saison prochaine.

Steve Yzerman est un leader né et a passé les deux dernières années à épier beaucoup de joueurs de la LNH autant pour les Red Wings que pour Équipe Canada, un savoir dont il fera vite profiter sa nouvelle équipe quand viendra le temps de colmater les brèches autour du noyau de l'équipe.

Quand il a accepté ce poste de directeur-général, Steve Yzerman a beaucoup insisté sur l'importance de bâtir une formation gagnante autour des jeunes Stamkos et Hedman, je me suis vite demandé ce qu'il adviendrait de Martin St-Louis et de Vincent Lecavalier et la question demeure entière. Le Lighning doit encore la modique somme de 75 millions de dollars, dont dix par année pour les six prochaines saisons alors que Martin St-Louis deviendra joueur autonome sans compensation à l'issue de la prochaine campagne. Il empochera donc les quatre derniers millions d'une entente qui lui en a rapporté plus de trente au cours de cinq dernières années.

L'intérêt manifesté par au moins deux équipes (outre le Canadien) envers Guy Boucher et l'éventuelle annonce de son embauche par Steve Yzerman constituent d'excellentes nouvelles pour tous les entraineurs francophones qui rêvent d'accéder à la LNH. Le message est clair, quand les compétences d'un individu font l'unanimité et que les résultats qu'il a obtenus sont là pour le prouver, être un francophone n'est plus un obstacle insurmontable à la condition évidemment que nos gars puissent s'exprimer en anglais sans problème, la langue de travail de la LNH.

Les embauches d'Alain Vigneault par les Canucks de Vancouver, de Bob Hartley par l'Avalanche et les Trashers et de Michel Therrien par les Penguins, nous ont déjà confirmé que d'autres équipes que le Canadien de Montréal pouvaient embaucher un entraineur francophone et la possibilité de voir Michel Therrien obtenir une troisième chance de diriger dans la LNH avec les Devils du New Jersey ne ferait qu'ajouter à ce sentiment qu'il y a maintenant beaucoup plus d'ouverture à l'endroit des entraineurs venus d'ici qu'à une époque pas si lointaine.

Guy Boucher, qui selon le confrère Martin Leclerc, a bénéficié des conseils de Mike Babcock, lui-aussi un gradué de McGill, au cours des deux dernières années et plus précisément des dernières semaines quand il s'est retrouvé dans l'étonnante position d'être l'entraîneur le plus convoité sur le marché pourrait bien revendiquer un bilan aussi positif que son mentor dans une quinzaine d'années. À ceux qui croient que le Canadien aurait dû faire des pirouettes pour le retenir, je dis qu'on ne peut pas empêcher un oiseau de voler. Au rythme où les organisations embauchent et congédient les entraineurs, il pourrait bien se présenter une autre occasion un de ces jours où le Canadien sera à la recherche d'un entraineur et que Guy Boucher sera disponible.

Entretemps, un autre entraîneur francophone aura vraisemblablement la chance de diriger les Bulldogs d'Hamilton. L'entraîneur du Junior de Montréal, Pascal Vincent, a sans surprise manifesté publiquement son intérêt hier à CKAC sports. Sa candidature m'apparait très valable tout comme celle de Benoit Groulx, qui vient tout juste de quitter l'organisation des Panthers de la Floride où il avait été embauché par nul autre que Jacques Martin. Il est vrai que Groulx vient tout juste d'accepter le double poste d'entraîneur et directeur général des Olympiques de Gatineau de la LHJMQ après avoir quitté une situation inconfortable auprès de Ted Nolan à Rochester dans la ligue américaine, mais il a bien précisé que sa décision de démissionner de son poste ne voulait pas dire qu'il mettait un X sur ses ambitions.