
Jordan Hendry, à gauche, et Dustin Byfuglien, le 9 juin 2010. Les Blackhawks emportent la Coupe Stanley. Photo: Matt Slocum/AP
Au diable l'appartenance et les sentiments, sauf que maintenant, il n'y a pas que les joueurs à blâmer. Le nerf de la guerre est toujours l'argent, évidemment. Les joueurs quittent parfois pour en faire plus ailleurs, alors que les directeurs généraux doivent faire des choix. Ils ne peuvent garder tout le monde et donneraient cher pour se départir des joueurs qui leur coûtent trop cher par rapport à leur contribution à l'équipe.
Le contrat de Nabokov terminé à San Jose, bye bye Naby.
Pas de place à Chicago pour payer un des héros de la conquête de la Coupe, bye bye Byfuglien.
Halak élimine presqu'à lui seul Washington et Pittsburgh et permet à la famille Molson d'encaisser les recettes de sept matchs éliminatoires au Centre Bell... mais il risquait de coûter beaucoup trop cher à une équipe qui n'a presqu'aucune marge de manœuvre sur la masse salariale. On connaît le résultat. Halak ne rejouera pas un autre match à Montréal avant la saison 2011-2012.
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'après la mise sous contrat de Tomas Plekanec pour les six prochaines saisons en retour d'un investissement de 30 millions de dollars et l'héritage que lui a laissé Bob Gainey, Pierre Gauthier n'a plus beaucoup de marge de manœuvre. En fait, neuf joueurs accaparent actuellement 44 millions de dollars sur la masse salariale.
Gionta, Cammalleri et Plekanec coûteront 15 millions l'an prochain. Ajoutez Hamrlik (5,5 millions), Spacek (3,83 millions), Gill (2,25 millions), Gomez (8 millions), Markov (5,75 millions) et l'énigmatique Andrei K. (3.25 millions.) et voilà qu'il ne reste plus qu'environ 12 millions pour le reste de l'équipe. Ajoutez Moen (1,5 millions), Gorges (1,3 millions), O'Byrne (1,4 millions) et Darche à un demi-million, et il n'en reste plus que 7 pour compléter le tableau.
Tom Pyatt, Maxim Lapierre et Benoît Pouliot ne coûteront guère plus d'un million l'an prochain, si Pierre Gauthier les retient tous, comme ça sera le cas pour Sergei Le Terrible s'il revient. On ne sait jamais. Il n'est pas impossible que Max Pacioretty obtienne une nouvelle chance de jouer avec le grand club, lui qui gagnerait 875 000 $ s'il passait toute l'année à Montréal. Il revamperait un peu la note des recruteurs qui ont convaincu Bob Gainey de le repêcher.
Avec de telles données, on comprend mieux la décision de Gauthier d'envoyer Halak à St-Louis, alors qu'il peut se contenter de soumettre une offre qualificative à Carey Price qui n'a pas encore droit à l'arbitrage. Autre exemple, le patron hockey du Canadien a du se résigner à l'idée d'aller chercher deux espoirs plutôt qu'un joueur établi qu'il n'avait plus vraiment les moyens de payer.
Avec le départ du meilleur joueur du Canadien cette année pour St-Louis, rien n'indique que le CH s'est amélioré en vue de la prochaine saison depuis l'élimination subie aux mains des Flyers de Philadelphie en finale de Conférence. L'organisation a échangé le nouveau chouchou du public en retour de deux espoirs qui viendront combler le vide laissé par le département de recrutement du Canadien. Une consolation de taille toutefois, P.K. Subban, le seul joueur repêché par le Canadien au cours des quatre dernières séances annuelles, a prouvé qu'il appartenait à la Ligue nationale. Il semble réellement avoir les attributs nécessaires pour devenir un joueur d'impact. Voyons maintenant comment il s'adaptera à son statut de vedette immédiate dans le zoo montréalais.
Autre consolation, le gazon n'est pas toujours plus vert chez le voisin. De nombreuses équipes consacrent la majeure partie de leur masse salariale au premier tiers de l'équipe. Certaines formations sont parfois aux prises avec des boulets à cause des contrats faramineux comme ceux consentis à Tim Thomas à Boston ou à Cristobal Huet (encore deux ans à 5,625 millions) à Chicago. Thomas gagnera six millions cette année, cinq l'an prochain et redeviendra une « aubaine » à trois millions pour sa dernière année de contrat.
Au moins, tous les joueurs sous contrat avec le Tricolore ne regardent pas les matchs du bout du banc comme ce fut le cas de ces deux gardiens. Ce n'est pas pour rien que le nom de Marc Savard se retrouve au centre des rumeurs, lui qui empochera 7 millions cette année et un total de 25,5 millions au cours des quatre prochaines années.
À Chicago, les Hawks ont seulement 13 joueurs sous contrat et n'ont plus que quatre millions de dollars pour compléter leur formation. À Pittsburgh, Crosby, Malkin, Fleury, Letang, Orpik, Staal et Kunitz grugent 38 millions à sept joueurs.
À Boston, Thomas (6 millions), Chara (7.5 millions), Savard (7 millions), Horton (4 millions), Patrice Bergeron (5,75 millions), Lucic (4 millions), Krejci (3,75 millions) Marco Sturm (3,5 millions), Michael (4 millions) et Dennis Seidenberg (3,25 millions) vont chercher tout près de 49 millions de dollars.
Les équipes dépensent énormément d'argent sur le noyau de l'équipe et tentent de dénicher les meilleures aubaines sur le marché, ou alors ils se fient sur leur club-école pour compléter le portrait. Des joueurs comme Aaron Asham, Ben Eager, Steve Bégin ou Marc-André Bergeron sont parfois ceux qui peuvent faire la différence au moment le plus crucial. Il sera intéressant d'ailleurs de voir quels sont les plans de Pierre Gauthier pour ses troisième et quatrième trios. À moins d'une transaction, il s'agit là de la seule marge de manœuvre du Canadien pour améliorer l'équipe. Trois ou quatre millions bien investis peuvent contribuer à procurer une nouvelle profondeur à l'équipe.
Chose certaine, on peut croire que certaines équipes de l'association Est qui ne se sont pas qualifiées pour les séries cette année seront beaucoup plus redoutables la saison prochaine. On pense tout de suite aux Trashers d'Atlanta et au Lightning de Tampa Bay, ainsi qu'aux Hurricanes de la Caroline. Au moment où vous lisez ces lignes, d'autres transactions ont peut-être été annoncées et il faudra encore un certain temps avant de mieux évaluer où le Canadien devrait se situer à l'ouverture de la prochaine campagne.
Mais j'ai comme déjà l'impression que ça ne sera pas un pique-nique. En tout cas, ça promet encore d'être passionnant.














