Deux membres de Loco Locass, le 14 juillet 2010, lors du Festival d'été de Québec

©La Presse Canadienne

On l'a encore constaté lorsque l'équipe a fait vibrer la province au complet en éliminant Washington et Pittsburgh. Quand le club gagne au moment opportun, il n'y a rien au Québec qui soit plus rassembleur que le Canadien de Montréal. Les célébrations du centenaire de la Sainte-Flanelle ont été une occasion unique de se rappeler les noms de ceux qui ont fait de cette franchise l'une des plus prestigieuses de tout le sport professionnel. Pour plusieurs Québécois, les exploits des héros francophones des époques de Maurice Richard, Jean Béliveau et Guy Lafleur ont été d'exraordinaires sources de fierté et d'affirmation pour des générations de Québécois. À ce sujet, les membres du groupe Loco Locass ont tellement bien résumé en quelques phrases les liens profonds entre le Canadien de Montréal et la population de la métropole et du Québec dans la chanson Le But, dont je citerai ici quelques passages :

« Le corps de l'équipe c'est le cœur de la nation, et chaque année faut clore avec une célébration », ou plus loin quand ils chantent que « le tissu de Montréal, c'est de la Sainte-Flanelle... C'est plus qu'un sport, c't'une métaphore de notre sort, c'est ça qui nous ressemble, c'est ça qui nous rassemble, anglo, franco peu importe la couleur de ta peau... Les Canadiens pour une fois rallient tous les Québécois... le Canadiens de Montréal : notre équipe nationale » - Loco Locass

Quand des milliers de personnes trippaient à chanter en même temps ces paroles en chœur avec les gars de Loco Locass pendant les séries, tout à coup, cette chanson devenait quasiment un hymne national aussi endiablé qu'irrésistible. On sent que chacun des mots touche la cible.

D'ailleurs, dans un contexte où la représentativité québécoise est toujours très discrète tant lors des championnats du monde chaque année chez les juniors qu'au sein des sélections canadiennes qui représentent le Canada en hockey aux différents Jeux olympiques depuis des décennies, cette réalité a toujours été difficile à accepter.

Quand on considère que Dave King avait réussi à ignorer Mario Lemieux pour le Championnat du monde junior, on sait que le jour où une équipe canadienne serait composée ne serait-ce qu'à 33 % de joueurs québécois n'est pas à l'horizon. Au moins, dans le temps et jusqu'au milieu des années 90, ces frustrations provenant de l'ignorance du talent québécois sur les équipes canadiennes étaient partiellement apaisées par le fait que les gars de chez nous étaient nombreux au sein du Tricolore. Assez nombreux pour que le public québécois puisse toujours entretenir le sentiment que le Canadien était sa véritable équipe nationale et que le chandail bleu-blanc-rouge était son drapeau.

Est-ce dû au fait que la chanson de Loco Locass n'a pas joué suffisamment de secondes au Centre Bell, je l'ignore. Mais une est chose certaine. Quelqu'un, quelque part, ne comprend pas, parmi les gens qui dirigent cette organisation, l'importance de permettre aux milliers de jeunes Québécois qui commencent à s'intéresser à ce sport de s'identifier à des gars d'ici.

Depuis trop longtemps maintenant s'est installé chez les dirigeants de l'équipe le sentiment que le Canadien n'est qu'une équipe parmi les trente qui composent la Ligue nationale. Plusieurs décisions prises par l'organisation montréalaise au fil des ans ont eu pour effet de presque faire disparaitre la filière québécoise, qui a historiquement toujours joué un rôle capital dans les performances du Tricolore. Pour l'instant, on attend la progression de Louis Leblanc, Maxim Lapierre, Mathieu Darche et Benoît Pouliot, les seuls francophones qui commenceront la prochaine saison avec le Canadien. Espérons au moins qu'ils évolueront sur une base régulière avec Martin.