
Carey Price, 5 mai 2008. ©Paul Chiasson/PC
Je n'avais que cinq ans quand mon héros d'enfance Guy Lafleur a entrepris sa carrière professionnelle, mais je me rappelle bien des attentes suscitées par ses performances chez les juniors. Je venais d'apprendre à lire et je suivais ses premiers pas en lisant La Tribune, qui prenait la moitié de l'espace de la table de cuisine. La nouvelle du fait qu'il avait décidé de remiser son casque avait semé l'enthousiasme chez ceux qui étaient déjà prêts à abdiquer sur son potentiel de devenir une vedette de la LNH après ses trois premières saisons de 29, 28 et 21 buts, lui qui en avait marqué 130 à sa dernière année avec les Remparts de Québec.
Il allait devenir dans les mois suivants le joueur le plus dominant du reste de la décennie. Toujours sans contrat pour sa quatrième saison avec le Canadien de Montréal, Carey Price est le premier conscient qu'il s'agit pour lui d'une année de vérité, malgré une fiche plus que respectable de 68 victoires et 48 défaites en trois ans derrière une équipe souvent dominée par l'adversaire.
Comparé à ses premiers jours devant la cage du gardien à des noms comme Ken Dryden et Patrick Roy, le jeune homme d'Anahim Lake en Colombie-Britannique est condamné à l'excellence depuis le jour où Bob Gainey en a fait son tout premier choix et le cinquième au total lors de la séance de repêchage de 2005, tout juste avant Benoît Pouliot - et quatre rangs plus tard que Sidney Crosby.
Tout a très bien commencé pour Price, incitant Bob Gainey à échanger celui qui est devenu depuis ce temps un boulet financier pour les Hawks, Cristobal Huet. Quelques semaines après avoir aidé le Canadien à remporter son premier Championnat de l'Association de l'Est depuis des lunes, il craque devant les médias après l'élimination subie aux mains des Flyers en deuxième ronde. Même s'il venait tout à coup de faire réaliser à tout le monde ainsi qu'à son entraîneur Guy Carbonneau qu'il n'était pas fait de marbre et qu'il n'était pas imperméable à l'incroyable pression placée sur lui aussi rapidement dans sa carrière, il est revenu la saison suivante et a été élu par le public sur l'équipe d'étoiles. Je me rappelle que dans la semaine qui a suivi la présentation de la classique annuelle de la LNH à Montréal dans le cadre des célébrations du centenaire du Canadien, il avait de nouveau montré des signes de vulnérabilité quand il se demandait, l'air très ébranlé après quelques défaites, comment les choses avaient pu être si magiques quelques jours auparavant au match des étoiles et tout à coup si tragiques dans la peau de celui qui revenait d'une blessure avec des performances en dents de scie avec la Flanelle.
Tout cela survenant au moment où la rumeur voulait qu'il profite pleinement des charmes de la vie nocturne montréalaise avec tout ce que ça peut parfois laisser supposer. Cela a fait en sorte que le jeune homme que le public était prêt à béatifier beaucoup trop vite - comme toujours - est tout à coup passé du statut de « sauveur » à l'objet de railleries incessantes, devenant même la cible de commentaires vicieux et gratuits des amateurs et de certains commentateurs.
Les gens savent aujourd'hui qu'ils ont eu tort de voir en un seul individu celui qui allait permettre de sortir une fois pour toutes cette prestigieuse organisation de la grande noirceur qui sévissait depuis trop longtemps. Le Sauveur, Jesus Price, les amateurs qui scandaient « Carey, Carey, Carey », rien de tout ça n'est écrit dans les prévisions météo de l'Almanach du peuple pour l'automne 2010. Non, Carey Price incarne maintenant celui qui est en quelque sorte responsable du départ de Jaroslav Halak - la sensation des dernières séries éliminatoires et le nouveau sauveur et chouchou du public. Il est celui que plusieurs souhaitaient voir partir au profit du Slovaque. Et plus Price gagnera un salaire qui se rapproche de celui d'Halak à l'issue des négociations en cours avec Pierre Gauthier, moins les gens accepteront l'explication budgétaire au choix de garder Price à Montréal. J'ajouterai que la décision du Canadien d'échanger à St-Louis le héros des éliminations surprises de Washington et de Pittsburgh a contribué à faire oublier rapidement l'euphorie qui régnait en ville et au Québec. Ce que j'entends cet été de mes contacts avec les amateurs qui viennent me parler dans les lieux publics ainsi qu'à la radio, c'est que vous êtes toujours nombreux à ne pas avoir digéré le départ d'Halak; j'oserais même parler d'un sentiment de trahison.
Malheureusement pour Carey Price, toutes les décisions prises par Bob Gainey pour accélérer sa progression et le préjugé favorable qu'a toujours entretenu l'ensemble de l'organisation à son égard s'est retourné contre lui dans une bonne partie de l'opinion publique.
La beauté de la situation et de l'immense défi qui attend Carey Price, c'est qu'il aura tout l'espace voulu pour donner raison à son employeur. On peut même croire que s'il connaît un bon début de saison, les amateurs se rallieront vite à lui et lui pardonneront enfin l'immaturité dont il a fait preuve à quelques reprises depuis son arrivée dans le grand monde. Ce que je déplore, c'est le fait que j'ai rarement vu un athlète être attendu comme Price le sera par plusieurs avec une brique et un fanal à la moindre défaillance.
Dans une ligue où la parité est telle que le Canadien devra encore se battre pour participer aux séries l'an prochain, on peut même déjà anticiper que l'année du Canadien sera à l'image de son gardien. Ce qu'il faut souhaiter c'est qu'il pourra jouer derrière une équipe qui passe un peu plus de temps par match en territoire adverse. Après l'épisode plus ou moins raté du sauveur, peut-être assisterons-nous au retour réussi de l'enfant prodigue ? J'ai été grandement rassuré quand Price a déclaré lors des dernières séries qu'il avait pris la décision que si les choses ne fonctionnaient pas pour lui, ce ne serait plus à cause d'un manque d'efforts. C'est une bonne chose qu'il ait compris ce qu'il devait faire pour connaître la carrière qui lui était destinée dès son arrivée à Montréal, une condition pour atteindre ce à quoi il est condamné, l'excellence !














