Premier match de la saison 2011-2012 de hockey, Canadiens versus Bruins, le 6 octobre 2011.

©Getty

À Boston, où on hissait hier soir la bannière soulignant la conquête de la Coupe Stanley par les Bruins, Cam Neely a demandé à ses joueurs rien de moins que de répéter l'exploit cette année. Les ambitions du président des Bruins sont légitimes, l'équipe dirigée par Claude Julien n'a pas beaucoup de faiblesses et peut logiquement encore aspirer aux grands honneurs.

À Vancouver, les Canucks pensent encore avoir tout ce qu'il faut pour remporter la victoire, celle qui leur est passée entre les doigts et qui leur procurerait alors une première Coupe Stanley dans l'histoire de la franchise. Les Canucks ont maintenant une fiche de zéro en trois en grande finale.

Les deux formations se sont pourtant inclinées hier en ouverture de saison devant leurs chauds partisans. Les «nouveaux» Flyers n'ont pas déçu leur patron Paul Holmgren, tandis que les Penguins toujours privés de Sidney Crosby. Ces derniers ont aussi amorcé la saison du bon pied, en allant vaincre les finalistes de la Coupe Stanley chez eux en tirs de barrage.

Par ailleurs, les retours de Malkin - et éventuellement Crosby - font croire à plusieurs observateurs que les Penguins seront de retour au sommet cette année. EA Sports a même prédit que l'équipe de Mario Lemieux allait ramener la Coupe à Pittsburgh à l'issue d'une finale qui devrait les opposer aux Blackhawks de Chicago. Le directeur-général des Hawks Stan Bowman, qui vient de recevoir une prolongation de contrat de trois ans, est lui aussi convaincu que son club a toujours l'étoffe d'une équipe championne.

À Washington et San Jose, deux équipes qui tardent à produire des résultats à la hauteur des attentes, on se dit que cette année sera peut-être enfin la bonne. À Détroit, les joueurs et dirigeants des Red Wings aimeraient bien prouver à toute la Ligue qu'ils doivent toujours être considérés comme une formation capable de remporter les grands honneurs.

Que dire des espoirs suscités par l'acquisition de Brad Richards à New York, où les Rangers n'ont raté les séries qu'une toute petite fois depuis le lock-out? Même chose à Buffalo, où l'entrée en scène d'un nouveau propriétaire prêt à tout pour gagner nous dit que les Sabres seront à surveiller.

À Los Angeles, au New Jersey, à St-Louis, Columbus et Calgary, on rêve de faire mieux. À Nashville, on veut simplement aller plus loin que l'aventure du printemps dernier. À Toronto, on souhaite que l'équipe réussisse à se qualifier pour les séries pour la première fois depuis le lock-out. Bref, dans chaque marché, on a ici et là des raisons de croire que la saison qui s'est mise en branle hier réserve des jours meilleurs.

À Montréal, Pierre Gauthier et Jacques Martin ne le diront pas trop fort pour éviter de mettre une pression supplémentaire à celle qui existe déjà ici dans le zoo, surtout qu'hier, après la défaite encaissée à Toronto, de «savants analystes» étaient déjà prêts à faire le bilan des erreurs de Pierre Gauthier pendant la saison morte.
Un tout petit match, une défaite, et hop, c'est parti. Plekanec n'a pas d'affaire à la pointe, pourquoi être allé chercher Erik Cole si c'est pour le faire jouer sur un troisième trio, l'équipe manque encore cruellement d'un dur à cuire, bref, vous connaissez la chanson.

La parité est telle dans la LNH aujourd'hui que même lorsqu'un dirigeant croit avoir sous la main une équipe qui pourrait jouer au hockey jusqu'au mois de juin, il est aussi très conscient que quelques blessures ou un mauvais début de saison peuvent l'obliger à revoir ses attentes.

Il fallait voir le soulagement de Brian Burke après la victoire des siens hier, ou la mine de Pierre Gauthier après la blessure subie par sa nouvelle acquisition, Chris Campoli - sans compter le cafouillage des siens en avantage numérique - pour comprendre l'importance que les dirigeants accordent au fait de démarrer la saison du bon pied.
Je disais donc que messieurs Gauthier et Martin ne le crieront pas trop fort, mais ils croient vraiment avoir sous la main un groupe de joueurs possédant le caractère et les habiletés pour rêver un peu. De toute façon, vous serez d'accord pour dire que si un directeur-général n'a pas une opinion aussi positive de son équipe à ce stade-ci de l'année, c'est qu'il n'a pas fait son boulot correctement. Comme l'aurait fait dire Pierre Falardeau à Julien Poulin dans la peau d'Elvis Gratton, «Think big».

Tout comme les Hawks de Chicago se disent qu'ils auraient pu se rendre jusqu'au bout s'ils étaient parvenus à éliminer Vancouver en première ronde, il y a aussi l'idée que le Canadien serait peut-être parvenu à vivre un printemps fou s'il avait éliminé les Bruins en prolongation du septième match de la série en huitième de finale. Cette idée a fait pas mal de chemin dans la tête des joueurs et des dirigeants du CH.

Ont-ils tort de croire que si Pacioretty, Gorges, Markov et maintenant Cole avaient été en uniforme ce soir-là, les Bruins n'auraient pas remporté la Coupe Stanley?

Reste que pour aspirer sérieusement à flirter avec les grands honneurs, le Canadien devra parvenir à faire ce qu'il n'a pas réussi à faire hier à Toronto et pendant une bonne partie de la dernière saison, soit marquer des buts. L'attaque en théorie mieux «équilibrée» du Canadien a connu un mauvais départ dans la ville reine. Le jeu de puissance ne ressemble pour l'instant en rien à celui qui a été pendant quelques saisons consécutives l'un des plus redoutables de la LNH.

Ajoutez à ces soucis l'absence quasi perpétuelle de Markov, la perspective de perdre un deuxième match de suite devant le public survolté de Winnipeg à l'occasion du retour des Jets dimanche et la blessure subie par Campoli hier - il manquerait environ trois semaines - et les plus alarmistes d'entre vous ont déjà de quoi s'inquiéter.

Si ça peut vous consoler, plusieurs équipes devront aussi surmonter des difficultés semblables en cours de route, ce qui fait qu'en fin de compte, n'ayez crainte, votre équipe préférée devrait tout de même se qualifier pour les séries.

Mais considérant qu'il peut y avoir une différence aussi minime que quatre victoires ou défaites entre une équipe de tête et une autre éliminée, connaitre un début de saison décent est toujours une bonne option. Le Canadien devrait terminer quelque part entre le quatrième et sixième rang dans l'Est. Si tout va bien, Pierre Gauthier atteindrait donc pour une première fois l'objectif qu'il s'est fixé, celui de voir son équipe enfin s'établir dans le premier tiers de la Ligue, enfin.