Mis à jour le: 11 juin 2012 06:22 | Par Marc Tougas, La Presse Canadienne, thecanadianpress.com

Tremblay fera comme si c'était ses derniers JO

MONTRÉAL - David Tremblay en sera à ses premiers Jeux olympiques, cet été. Et peut-être ses derniers.


Tremblay fera comme si c'était ses derniers JO

La Presse Canadienne Londres 2012

MONTRÉAL - David Tremblay en sera à ses premiers Jeux olympiques, cet été. Et peut-être ses derniers.

C'est du moins l'approche que le lutteur franco-ontarien, maintenant installé à Montréal, entend adopter à Londres. Certes, il souhaiterait prendre part aux JO de 2016, au Brésil. Mais il sait fort bien que rien ne garantit qu'il pourra le faire, même si en théorie il sera un meilleur athlète encore puisqu'il aura alors 28 ans.

«En lutte, tu ne sais jamais ce qui va arriver, a souligné Tremblay au cours d'une récente entrevue. Les blessures sont fréquentes. Quatre ans, c'est long. J'aurai alors terminé mes études, alors je ne sais pas si je vais encore pouvoir m'entraîner à la même fréquence qu'en ce moment.

«L'entraînement, c'est trois fois par jour, six jours par semaine. Ce n'est pas évident de trouver un emploi qui concorde avec ce genre d'horaire, a expliqué celui qui étudie présentement en sciences du loisir à l'université Concordia. Je vais peut-être continuer à étudier en éducation physique à McGill.»

Tremblay sait par ailleurs fort bien que le processus de qualification olympique est parfois aléatoire. Il a profité d'un concours de circonstances quasi parfait, voire extraordinaire, pour obtenir sa place aux Jeux de Londres.

C'est ainsi qu'en mars dernier aux championnats panaméricains, l'un des favoris de la compétition chez les moins de 55 kg en style libre, le Cubain Luis Ibanez Rojas, a choisi de faire défection juste avant les premières épreuves tenues à Kissimee.

«Nous étions en Floride depuis deux jours et j'étais prêt à affronter les meilleurs. Jusqu'au moment de la pesée, je ne savais pas qu'il avait fait défection, a raconté Tremblay. Il représentait ma plus grande menace parce qu'il se trouvait de mon côté du tableau, alors il aurait fallu que je le batte pour me rendre en finale et me qualifier.

«J'ai lutté de manière plus détendue, parce que la pression était moindre», a reconnu Tremblay, qui a tout de même remporté ses deux combats au programme, sans donner un seul point.

Malgré ce parcours plus facile que prévu, Tremblay ne se contentera pas de faire de la figuration à Londres.

«Pas question d'y aller et d'être simplement content d'y être, a-t-il noté. J'y vais pour rivaliser avec les meilleurs.»

C'est d'ailleurs dans le but de frayer avec les meilleurs que Tremblay a quitté Pointe-aux-Roches, une municipalité de 1400 habitants qui se trouve à 50 km à l'est de Windsor, et s'est installé à Montréal il y a sept ans. Il voulait s'entraîner dans un contexte optimal, sous l'égide de l'entraîneur Victor Zilberman.

Tremblay a arrêté son choix après avoir reçu plusieurs offres, notamment des centres nationaux de Vancouver et de Ste. Catharines, en Ontario.

«J'avais déjà choisi dans ma tête où j'allais, et ce n'était pas Montréal. Mais les gens de Montréal m'ont offert un billet de train pour que je vienne visiter et mon père m'a convaincu d'accepter, juste pour voir. Je me disais que j'allais y faire un simple voyage, que ça me donnerait congé d'école pendant une semaine.»

Mais ses plans ont été déjoués. Il a été conquis.

«L'entraînement qui est offert ici est vraiment différent de ce que j'avais vu avant. Tous les membres du club s'entraînent ensemble, ils jouent au basketball ou encore au soccer pour faire du cardio. C'est bien plus amusant que de faire du vélo stationnaire. Et ça permet aussi de créer un bon esprit de famille entre les lutteurs. C'est donc plus facile de se lever le matin pour aller à l'entraînement.

«Victor (Zilberman), aussi, ne se contente pas de commander les mêmes exercices à tout le monde. Il voit les faiblesses de chacun et chacun fait quelque chose en fonction de ça. Si tu regardes l'entraînement dans son ensemble, ç'a l'air un peu d'être la folie, mais Victor contrôle tout ça comme un chef d'orchestre.»

Tremblay a vite fait de tomber en amour avec la ville de Montréal, mais s'y adapter pas été une mince affaire.

«Je n'avais jamais pris le transport en commun avant d'arriver à Montréal. La première fois, je ne savais pas comment lire l'horaire. Je pensais que je venais de rater l'autobus et que le suivant ne venait que dans une heure. Finalement, le prochain est arrivé moins de cinq minutes plus tard.»

À savoir si Tremblay s'installera à Montréal pour la vie, c'est le destin qui décidera.

«Si je rencontre une fille ici, si je trouve un bon emploi. Si quelque chose m'amène à rester, ce serait bien correct parce que la ville est belle, a indiqué celui qui songe à devenir professeur d'éducation physique. Mais si je peux trouver le même genre d'emploi chez moi, je vais retourner à la maison pour retrouver ma famille et mes amis.»

Ce qui n'est pas rien puisque la famille Tremblay est très nombreuse. David père a neuf frères et sœurs. David fils a deux sœurs, Ginette et Josée, ainsi qu'un frère, Noël, un autre lutteur qui l'a d'ailleurs rejoint à Montréal en septembre dernier.

«C'est important d'avoir un bon soutien. C'est plus facile maintenant de rester en contact avec les réseaux sociaux, mais quand les gens sont là, tu as la chance de vraiment leur parler. Tu peux voir qu'ils sont fiers.»

Tremblay vient d'une famille qui est fière de ses racines francophones.

«Quand ma grand-mère lit un article sur moi et qu'on écrit que je viens de Stoney Point, elle me dit tout de suite de faire changer ça, que le nom de la ville c'est Pointe-aux-Roches», a-t-il fait savoir.

Tremblay déplore toutefois que le fait français s'efface petit à petit chez lui.

«L'église (catholique) était vraiment importante pour les francophones de la région, parce que c'était le point de rencontre. Nous, les enfants, on voyait nos grands-parents parler français entre eux. Depuis que l'église a été fermée, ç'a vraiment changé», a-t-il expliqué.

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